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C'est un Lundi de Novembre, il fait froid et la nuit commence à tomber. Je viens de sortir du lycée et je rentre chez moi seule, enfin, avec lui, mais pas véritablement avec lui. Je fais mon détour habituel pour être dans la rue avec lui, au même moment que lui. Il est là. De l'autre côté, à la même hauteur que moi. Nous marchons à la même vitesse. Je ne me sens pas à l'aise. Mais je marche quand même à ses côtés. A un moment, il change de trottoir. Il est derrière moi, je sens qu'il est là. Il marche. Pas plus vite que moi, mais il le fait exprès, pour ne pas avoir à me doubler. Je continue à avancer. Je ne me retourne pas, je ne veux pas. Je sais qu'il est là. Alors je marche, d'un pas rapide et sûr, je sais où je vais.
Et puis je sens une main sur mon épaule gauche, et une voix, sa voix :
« Mathilde ». Je me retourne, surprise. Je le regarde : « oui ». Il me regarde à son tour. Nous nous regardons dans les yeux. Il retire sa main de mon épaule et vient se placer à côté de moi. Il ne s'arrête pas, moi non plus. Il commence à me parler :
« Pourquoi tu fais tout ça ? Est-ce que tu l'aimes encore ? »
Je sais très bien de qui il parle. Je le regarde, et je lui réponds froidement :
« Pourquoi tu veux savoir ça ? Je vais pas te le dire. J'ai rien à te dire à toi. »
Il est surpris, mais il reste quand même à mes côtés et me dit doucement, avec sa voix que j'aime entendre :
« Le prends pas comme ça. Je veux pas t'énerver, je veux juste savoir si tu l'aimes encore... C'est tout »
Il est calme, et presque insensible à mon humeur. Je ne veux pas lui parler, je ne sais pas ce qu'il veut. Je ne veux pas lui parler de ça, mais je voudrais tant parler avec lui. C'est lui qui m'a abordée, ce que je voulais faire, mais que je n'aurais jamais eu le courage de le faire. Je ne veux pas répondre à cette question, et pourtant il a l'air si gentil que je voudrais tout lui dire. Alors je lui réponds :
« Mais pourquoi tu veux savoir ça ? Ca te servira à quoi ? A aller lui dire... De toutes façons, il ne veut plus me parler, il ne veut plus entendre parler de moi, alors à quoi bon ? T'acharne pas, ça ne sert à rien ! Je veux pas parler de lui et moi devant toi. Parce que c'est inutile. »
Je sens un sanglot dans ma voix. Je ne veux pas pleurer. Mais parler de Léo avec Martin c'est dur. Trop dur pour moi en ce moment. Je me tais, pour ne pas faire entendre que les larmes sont prêtes à couler. Mais il a compris. Il me dit :
« Ce n'est pas du tout pour lui que je viens te parler, c'est pour moi. Lui c'est autre chose, votre histoire ne me regarde pas. Je n'ai pas à m'en mêler. Mais si je viens te parler, c'est pour autre chose... »
Je le regarde. Je ne sais pas ce qu'il veut. Nous sommes arrivés à l'école de musique. Nous avons marché vite, sans nous en rendre compte. Je m'arrête, et je lui dis :
« Attends là, moi je peux pas aller plus loin, après je vais être trop loin de chez moi, déjà là je me suis éloignée. Mes parents sont pas au courant que je rentre tard... »
Il me regarde et me demande :
« Tu peux pas les appeler, leur demander un sursis ? »
Je lui souris, sans le vouloir, c'est nerveux :
« Bien sûr que si je peux ! Mais dis moi où tu veux en venir... Parce que là je ne vois pas vraiment ce que tu veux. »
Il me souris. Il me regarde, je sens dans ses yeux qu'il veut me dire : « Mais tu es bête ou quoi ? » Il s'approche de moi. Il est grand, il est plein de chaleur. Plus il s'approche, moins je sens le froid fouetter ma peau. Il ne sent pas la cigarette, contrairement à ce que je pensais. Le voyant fumer tout le temps, je pensais que ses vêtements et lui seraient imprégnés de cette odeur de tabac froid. Mais non, il ne sent pas fort. Il se rapproche de moi. Son visage s'approche du mien, et ses lèvres caressent les miennes. Nous sommes tous les deux debout, dans la rue. Des gens n'arrêtent pas de passer, je sais que des élèves sont là aussi, rentrants eux aussi chez eux. Mais je ne m'en occupe pas. Nos lèvres sont collées. Elles sont chaudes et sucrées. Je lui prends les mains, et il entoure ses bras autour de mon corps. Nous nous embrassons. Dans le froid, dans la nuit tombante, devant les gens, au coin d'une rue passagère. J'entends des rires. Des collégiens. C'est leur heure. Après les lycéens, les collégiens. Et puis nous terminons notre baiser. Il me regarde en souriant :
« Alors tu as compris où je voulais en venir ? »
Et il éclate de rire. Moi je suis heureuse, mais je lui dis :
« Pour répondre à tes questions, oui je vais appeler mes parents pour avoir un sursis, et pour l'autre, oui je l'aime toujours. »
Il me regarde, déçu. Mais je termine ma phrase avant qu'il ne commence la sienne :
« Mais vous pouvez très bien être deux dans mon c½ur à cette place. Deux, pas plus. Tu seras le deuxième. »
Et je sens sur mes lèvres se dessiner un sourire comme il ne s'en dessine jamais sur mon visage. Il me reprend dans ses bras et pose de nouveau ses lèvres sur les miennes. Je profite de ce moment comme je n'ai jamais profité d'un moment de bonheur. Je l'arrête. J'appelle mes parents. Il s'assoie sur le rebord du mur en attendant. Je dis que je rentre une heure et demie plus tard. C'est bon, on a du temps devant nous. Je lui dis que l'on peut encore passer du temps ensemble. Il ne se lève pas. Je m'assoie alors sur ses genoux. Il me prend dans ses bras. J'aime ça. Je me sens protégée dans ses bras. Et il me réchauffe. Je lui dis :
« On fait quoi ? »
Je veux que l'on marche, et que l'on parle. Alors il se lève, garde ma main dans la sienne et me dit juste après un bisou :
« Je sais pas, tu veux qu'on aille où ? »
Je ne sais pas. Nous commençons à marcher, en parlant. Nous parlons de tout et de rien, de beaucoup de choses en peu de temps. De moi, de lui. Mais j'en sais plus sur lui qu'il n'en sait sur moi. On parle aussi de Léo, et aussi de Léo et moi, de ce que j'ai fais. On en rigole, parce que lui et Léo en ont bien rigolé, me dit- il. Nos paroles sont entrecoupées de bisous. Nombreux. Une demi- heure après, nous sommes presque arrivés devant chez Léo. Je ne réalise pas sur le moment, mais au moment où nous passons devant sa maison, je dis :
« Oh ! Mais on est déjà là ! Mais je suis loin de chez moi ! Comment je vais faire pour rentrer, en plus il va faire nuit ! »
Nous nous arrêtons, juste devant chez Léo. Martin me demande :
« T'habites où exactement ? Si tu veux je demande à un copain de te ramener. »
Et il éclate de rire en me montrant la maison de Léo avec sa tête. Je rigole aussi, il est bête. Je lui dis où j'habite. Il éclate de rire une nouvelle fois, parce qu'il n'en revient pas. Il est en train de comprendre tous les détours « inutiles » que j'ai fais et tous les kilomètres que j'ai fait pour venir si souvent au terrain. Il rigole et puis me fait de nouveau un bisou. Nous sommes enlacés, devant chez Léo. Nous ne regardons plus ce qu'il y a autour de nous.
Et c'est pour cette raison que nous ne voyons pas Léo arriver au loin dans la rue, à pieds. Mais c'est sa voix qui appelle Martin qui nous tire de notre baiser. Léo ne voit pas qui est dans les bras de son ami. Martin est de dos par rapport à Léo et étant plus petite et plus fine que lui, sa silhouette me cache complètement. Mais les paroles de Léo nous font sursauter :
« Eh Martin ! Ca y est, je te vois, tu fais ça devant chez moi maintenant ! »
Martin se retourne pour le voir. Je suis toujours derrière lui. Léo ne me voit pas encore. Il se retourne de nouveau vers moi et sent que je suis mal à l'aise, il me rassure :
« T'inquiète, il va pas te manger ! Ca va aller ! »
Et il me prend dans ses bras pour se retourner. Je vois un léger sursaut dans les yeux de Léo, qu'il tente de cacher, tant bien que mal. Il s'approche de plus en plus. Je sens que plus il s'approche, plus son malaise grandit. Il arrive à nous. Il salue son copain, puis me regarde et me sourit, légèrement. Je sais qu'il ne veut pas me sourire, mais il le fait quand même. Ils commencent à discuter, je m'éloigne un peu. Je ne suis pas à l'aise entre les deux, je préfère les laisser discuter. Mais Martin s'en aperçoit. Il me rattrape par la main et me sert contre lui. Pendant que Léo lui parle, il m'embrasse. Et puis ils continuent à parler. A un moment, Martin regarde son portable. Il me regarde, il sait que je dois rentrer et qu'il me reste seulement dix minutes. Il sait que je ne peux pas rentrer à pieds, parce que je ne serai pas à l'heure. Il demande alors à Léo s'il veut bien me raccompagner. Léo accepte. Pas à contre coeur, mais il n'est pas lui- même. Je sens qu'il n'est pas dans son était normal. Il nous fait rentrer dans son jardin, il nous laisse à côté de la voiture, le temps d'aller chercher les clés. Nous sommes tous les deux, Martin sent bien que je ne suis pas bien non plus. Il me serre contre lui et me dit :
« Mais arrête de t'inquiéter comme ça. Qu'est ce que tu veux qu'il te fasse ! C'est sûr, il vient de voir la fille qui était la plus folle de lui dans les bras de son meilleur ami, il a du trouver ça bizarre... Il est surpris, c'est tout ! Ca va passer ! »
Mais ce n'est pas ça qui me gêne, je lui dis :
« C'est pas ça qui va pas. Il ne veut plus me voir, et encore moins me parler. Et là, en étant ensemble, il va être obligé de me supporter... Et je ne veux pas qu'il soit obligé de me supporter. »
Martin me reprend de nouveau dans ses bras et me rassure :
« Mais t'inquiète pas pour ça ! Il t'en veut pas, crois- moi ! Et il va s'y faire à te voir tout le temps, de toutes façons il n'a pas le choix ! »
Et il m'embrasse. Des lumières viennent de s'allumer dans le jardin, des petites lampes sur le bord du chemin. On s'embrasse dans le froid et la nuit, mais c'est magique. Nous sommes arrêtés par Léo qui nous crie :
« Bon les deux amoureux, en voiture ! »
Je monte dans la voiture, à l'arrière. Ca me rappelle une situation. Mais Martin me surprend, et monte lui aussi à l'arrière. Léo ne dit rien. Il démarre. Il ne me demande rien. Il se souvient de l'endroit où j'habite, pourtant il ne l'a vu qu'une seule fois, et ça commence à dater... Mais il s'en souvient. Le silence devient roi dans la voiture. Je n'aime pas ça. J'ai hâte que l'on arrive. Même si je tiens à ce que ce moment s'éternise le plus possible. Je suis seule dans la voiture avec Léo et Martin... Je n'y crois pas. Nous arrivons devant chez moi. Je dis à Léo :
« Attention au trottoir, il est vachement haut ! »
Il me sourit, et prend soin de l'éviter. Je le remercie, je sors de la voiture en murmurant un « à bientôt » qu'il me rend. Martin sort aussi de la voiture, il m'embrasse, et me dit :
« A ce soir mon ange... »
Je lui souris et je lui rends son « à ce soir ». Pour la première fois de ma vie, je vais envoyer de véritables textos d'amour par dizaines ce soir. Des textos qui auront une réponse. Il remonte dans la voiture et elle démarre. Je vois qu'il me fait signe par la fenêtre.
Je descends le sentier qui mène à ma porte. Dans ma tête, tout se retourne. Toute cette soirée. Si belle et si magique, j'ai tellement de mal à y croire. Je rentre chez moi en me disant que j'ai rêvé, que rien n'est arrivé. Mais le soir, une fois couchée, j'entends mon portable sonner et vibrer. Je le prends dans les mains et je lis le message que je viens de recevoir : « Jtm... Moooooouuuuuuaaaaaaaaa »
Je réponds.
Non, je n'ai pas rêvé cette soirée.
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Ecrit le 11 Novembre 2005
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